REINTEGRATION DE L’OURS BRUN DANS LES PYRENEES : UNE AFFAIRE QUI DECHAINE LES PASSIONS MAIS EST-CE BIEN RAISONNABLE ET SURTOUT JUSTIFIE ?

Publié le 13 Octobre 2018

Un patrimoine inestimable ...
Un patrimoine inestimable ...
Un patrimoine inestimable ...
Un patrimoine inestimable ...
Un patrimoine inestimable ...

Un patrimoine inestimable ...

 

Soyons clairs, d’entrée de jeu, je ne suis en aucun cas solidaire de l’action actuelle de notre gouvernement et de son exécutif en particulier.

Mes amis le savent … ou s’en doutent. Outre ma discrétion et le souci de laisser à chacun sa liberté de choix au nom d’une véritable et saine démocratie, je m’oblige à faire silence sur certains sujets notamment ceux de facture politique.

A l’instar de Charles Aznavour - que je connaissais un peu mais auquel l’actualité le concernant m’incite à faire référence - je respecte l’homme mais comme notre estimé artiste, je n’ai pas donné ma voix au président de l’instant. Pour être honnête sinon courageux au regard d’une opinion publique qui pourrait me le reprocher, je n’ai tout simplement pas voté lors des derniers scrutins. Comme Charles Aznavour qui devait avoir également ses bonnes raisons.

 

Contestable attitude au strict plan civique – j’en conviens – mais sans entrer dans les détails (pour rassurer certains pisse-vinaigres de service qu’ils sachent que je m’honore de ne pas payer mes impôts à l’étranger, donc de faire valoir mes droits dans mon pays), la France d’aujourd’hui, qui s’emploie étrangement à faire oublier sinon ternir celle d’hier, est pour moi un motif d’infinie tristesse.

 

SUICIDAIRES

Pourtant, aujourd’hui, face à une communauté humaine qui travaille insidieusement à son déclin, je ne peux m’empêcher d’abonder, à propos de « l’affaire des ours des Pyrénées », dans le sens de décisions gouvernementales prenant en compte, sur ce problème important, les réalités d’un écosystème en perdition.

Au-delà du fait que les naïfs subissent et parfois approuvent, alors que les plus malins mais pas forcément intelligents car insensibles à la gravité du moment, exploitent au nom du pouvoir ou de l’argent une situation climatique préoccupante,  je n’ai également pas, comme pour son gouvernement, de sympathie particulière pour celui que l’on a investi de la charge pour le moins « explosive » de ministre de la transition écologique en remplacement - je m’en suis ému en son temps dans ce même blog - de Nicolas Hulot qui avait pris conscience des risques encourus à brève échéance par une planète virant dangereusement du bleu au noir, conséquence de comportements humains suicidaires et inconsidérés.

 

L’alerte n’étant pas sérieusement prise en considération, Nicolas Hulot a jeté l’éponge.

Et pendant ce temps là, les catastrophes naturelles se multiplient, la flore s’étiole, les insectes les plus indispensables à l’équilibre naturel – dont les inestimables abeilles – disparaissent.

 

Pire sinon pour faire bonne mesure dans ce climat d’hystérie collective et pour des motifs plus que contestables, des hommes se mobilisent, parfois les armes à la main, pour faire entendre ce qu’ils estiment de façon pas, forcément justifiée et surtout légale, leurs droits. Sourds aux éventuelles et graves condamnations qu’ils encourent.

Manifestement, un ostracisme singulier s’installe dans les esprits.

 

SEQUENCE JURIDICO-ADMINISTRATIVE

La pénible affaire de la réintroduction de l’ours dans le massif pyrénéen est une résultante de la cohabitation compliquée de l’homme avec l’animal. Même s’il s’en défend avec un rien d’hypocrisie.

Eu égard les conséquences à plus ou moins brève échéance, on peut à juste titre s’émouvoir de cette situation.

De son côté, la Justice française qui n’est jamais à l’abri de dérapages dans certains attendus, saisie par des associations de défense animale et en l’occurrence de celle de l’ours, a récemment tranché.

Ainsi, le Tribunal de Toulouse en son âme et conscience a estimé que les actions mises en œuvres par l'État ne sont pas suffisantes pour préserver l'espèce dont la population est très faible dans cette région.

Animal protégée depuis 1971 l'ours brun est en effet en danger dans les Pyrénées. L'État ne le protégeant pas assez celui-ci a donc été condamné pour carence par le tribunal administratif de Toulouse et de ce fait devra verser 8000 euros aux associations plaignantes (Pays de l'ours-Adet et Ferus-Ours, loup, lynx, conservation). Dont acte.

Auparavant, le tribunal a également noté que la population des ours, dans le massif pyrénéen, est soumise à un risque démographique significatif en raison de son effectif global insuffisant pour garantir la viabilité de l'espèce à long terme. Sans compter avec un risque génétique très élevé compte tenu de la fréquence des reproductions entre consanguins.

La carence des autorités nationales face à cette obligation, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État. Dans leurs attendus les juges administratifs ont en quelque sorte confirmé leur jugement en se prévalant de la directive européenne de mai 1992 concernant la conservation des habitats naturels et des espèces de la faune et de la flore sauvages.

Voilà pour la séquence juridico-administrative.

 

INFORMATIONS CONTRADICTOIRES

Sur le terrain, la situation est autrement plus ambiguë face à une population affichant sa détermination quant à s’opposer au rééquilibrage des forces naturelles.

Compte tenu de cette volonté affichée de barrer la route au convoi prévu pour le transport des ourses, ces dernières ayant été finalement transportées par hélicoptère sur leur nouveau territoire.  

 

Depuis, chacune des parties en guerre y va de ses explications aux limites parfois de l’objectivité sinon de la vérité quant aux informations diffusées par voie de presse ou par les réseaux sociaux.

 

Plus que l’opinion du lambda, celle des intéressés – agriculteurs, éleveurs et surtout bergers – reste relativement recevable.

Du côté du camp de l’opposition à la réintroduction de l’ours, le discours est sans appel : c’est non !

Mais ce qui est plus intéressant ce sont les chiffres, notamment ceux concernant les aides et indemnisations de toutes sortes fournis par les partisans de la réintroduction de l’ours et qui, s’ils sont exacts, illustrent autrement le problème. A vérifier, même s’il n’y a pas de fumée sans feu.

D’autant que les arguments émanent aussi de professionnels de la région tel ce fils d’agriculteur, transhumant dans la valle d’Ossau endroit particulièrement sensible, et accusant certains médias de diffuser de fausses informations sinon contradictoires :

« Je vis dans le piémont Pyrénéen où j’ai des amis agriculteurs et bergers. Je randonne dans les Pyrénées depuis fort longtemps et je ne manque jamais d’aller parler avec les bergers quand je passe à proximité de leurs cabanes. A ce propos, ceux du massif de Sesques ont-ils été interviewés ? Pourtant, ce sont eux qui sont aux premières loges et non ces gens qui braillent par principe, sans rien connaître. 
Dans les trois vallées, des agriculteurs et des bergers et bergères, sont favorables à l’introduction de l’ours mais ils font moins de tapage que certains agriculteurs de la plaine.
 Par ailleurs, pourquoi fait-on silence sur ces milices armées qui se croient tout permis y compris en arriver à bloquer les cars scolaires et à fouiller les voitures ? Dans ces milices armées, il n’y a quasiment aucun berger mais surtout des éleveurs et des agriculteurs de la plaine. 
Ces même éleveurs qui perçoivent, via nos impôts, 10,20 40, voire 80 000€ par an soit 7000€/mois de primes et de subventions. Ce qui est regrettable c’est que ce genre d’information entraînera à court terme le boycott des produits laitiers et favorise déjà un climat de violence. » s’insurge un internaute.

 

Un autre assure – à vérifier encore – que les bergers bénéficieraient d’aides substantielles à commencer par la montée et la descente de leur matériel et de leurs fromages par hélicoptère et qu’il leur est alloué 80% de subventions pour l’aménagement de « cayolars » ou cabanes (en béarnais) dans les estives auxquelles s’ajoutent les aides à tous niveaux du plan local au national en passant par l’Europe.

Quant aux éventuelles prédations attribuées à l’ours, elles sont, toujours selon eux, relativement négligeables dans le temps.

 

Dans son jugement, le tribunal administratif de Toulouse a également fait le bilan de l'ours brun en France, où il ne subsisterait que dans le seul massif Pyrénéens.

Historiquement, après un important déclin à partir de la fin du 19e siècle, le nombre des ours passant de 150 individus à environ 70 dans les années 1950 pour atteindre un effectif minimum de sept à huit dans les années 1980. Trois ours ont été réintroduits en 1996 et cinq en 2006. Depuis, les effectifs d'ours bruns détectés dans la chaine pyrénéenne se sont élevés à 19 en 2011, 22 en 2012, 25 en 2013, 31 en 2014 et 29 en 2015. Vingt sept d'entre eux sont concentrés au centre du massif pyrénéen et deux mâles se trouvent aujourd’hui à l'ouest alors que l'espèce a disparu à l'est.

 

PATRIMOINE INESTIMABLE

Ainsi, aujourd’hui, deux individus sont encore présents dans la partie orientale des Pyrénées en l’occurrence deux males, Néré et Cannellito, séparés des autres ours par les vallées d'Aure et de la Pique :

 "Nous sommes arrivés à la dernière extrémité pour réagir avant la disparition de l’espèce dans cette zone" s’inquiète Alain Reynes, directeur de l’association Pays de l’Ours-Adet, qui tient à balayer l’argument fataliste, qui consisterait à vouloir laisser l’extinction suivre son cours sur ce territoire.

Complétant son argumentation, il explique :

 "Chaque espèce est importante et aucune d’entre elles n’a à se justifier d’exister. Une espèce qui disparaît c’est une catastrophe, et sur les dernières décennies, on a accumulé sur le chapitre trop de catastrophes. Il faut des millénaires à la nature pour former une espèce, et quelques années à l’homme pour la détruire. C’est un patrimoine inestimable". 

Nicolas Hulot, lorsqu’il était encore en charge de son ministère, considérait que ce patrimoine est d’autant plus fragile que le mâle Cannellito, le seul descendant de Cannelle abattue en novembre 2004 par un chasseur, est le dernier représentant vivant de la souche 100% pyrénéenne de l’ours brun.

En effet, les individus réintroduits dans les années 1990 et 2000 viennent tous de Slovénie :

 "Je ne veux pas être le ministre qui assiste à la disparition de cette lignée" avait alors précisé le ministre.

Selon Alain Reynes, un enjeu d’autant plus symbolique que le patrimoine génétique des ours pyrénéens et slovènes est similaire, et les différences physiques et comportementales, inexistantes. Au contraire, la survie de la population passe nécessairement par une régénération génétique. Raison pour laquelle il est important que Cannellito puisse se reproduire, parce que ses gènes sont un peu différents de ses congénères explique M. Reynes.

Avec Cannellito, c’est la diversité génétique de la population d’ours vivant dans les Pyrénées qu’il faut préserver confirme pour sa part, dans les colonnes du Parisien, Patrick Haffner, responsable du pôle espèces au service du patrimoine naturel du Muséum d’Histoire Naturelle.

La réintroduction des deux ourses n’est donc qu’une première étape pour pallier l’urgence de la situation.

En septembre 2013, une expertise scientifique conduite par le Muséum national d’Histoire Naturelle préconisait au minimum et avant 2018, un renforcement de quatre femelles dans les Pyrénées pour pouvoir sauver l’espèce sur le court terme :

 "Nous ne sommes qu’à la moitié d’un scénario qui n’est même pas de nature à maintenir la population dans la durée" remarque Alain Reynes, qui indique que les réintroductions doivent également se poursuivre dans la partie centrale de la chaîne montagneuse où se posent aussi des questions de renouvellement génétique. Ce spécialiste espère ainsi que l’annonce de Nicolas Hulot sera surtout le point de départ d’une réflexion pour un nouveau plan de conservation, plus large et plus ambitieux, de l’ours brun dans les Pyrénées.

Problème : Nicolas Hulot n’est plus là !

ESPECE EMBLEMATIQUE

Pour mémoire, en 2011, le parlement européen avait saisi la France sur la question de la situation critique de la population des ursidés. Un an plus tard, la commission européenne avait mis en demeure le gouvernement français dont elle avait estimé insuffisantes les mesures prises, ou envisagée, pour conserver l'espèce. Les associations Ferus et Pays de l'Ours avaient alors saisi la justice en avril 2015 pour faire reconnaître l'insuffisance de la politique française.

D’où la programmation de lâchers de femelles afin d'éviter la disparition de l'espèce dans les Pyrénées Occidentales où il ne reste que ces deux mâles.

Décision assortie de l'adoption rapide d'un nouveau plan de restauration de l'ours brun dans les Pyrénées. Le ministère de la Transition écologique et solidaire s’exécutant en détaillant les motivations du juge sans pour autant contester la nécessité de s'occuper de cette espèce emblématique et de faire en sorte de protéger l'ours brun considéré comme particulièrement vulnérable.

 

Dans son récent jugement, le tribunal administratif de Toulouse a vivement déploré que les gouvernements successifs n'aient pas honoré leur promesse de 2010 en procédant au remplacement systématique des ours décédés accidentellement et notamment de l'ourse tuée par un chasseur en 2007.

Il considère en outre :

« L'importance des oppositions locales à la réintroduction des ours, au regard notamment des difficultés posées par leur coexistence avec les activités d'élevage ne sauraient suffire à justifier les huit années de retard dans la définition du nouveau plan d'actions relatif à la conservation de l'ours ».

Il est à souhaiter vivement que certaines péripéties historiques dont la fameuse « Guerre des Demoiselles » (nommée ainsi parce que les paysans s’étaient déguisés en femmes) relative à la rébellion ariègeoise – de 1829 à 1832 – visant à l’époque le nouveau code forestier, n‘inspirent pas trop les partisans de la chasse à l’ours considérant je cite :

 

« Par l'introduction d'ours slovènes et la création d'une pouponnière leur permettant de se multiplier, l'État français met en place une gestion du territoire où peu à peu, il limite aux hommes et aux femmes de la montagne l'accès, la liberté d'être, de faire, de travailler ».

 

L‘affaire, ne nous leurrons pas, est loin d’être entendue.

D’autant que la rudesse montagnarde dans tous les sens du terme n’est pas un vain mot. Cela dit avec infiniment de respect.

En revanche, ce qui est indéniable, c’est que l’état de la planète et le mépris de l’humain pour ce qui la concerne, sont de réels motifs d’inquiétude. Qu’il s’agisse de la faune qu’on abat systématiquement quand elle nous embarrasse ou entrave nos profits, et de la flore qui n’est pas mieux lotie par la faute de notre imbécilité. 

Le drame c’est que chacun est profondément persuadé d’avoir raison si toutefois, dans l’actuel contexte, on veut bien suivre le conseil de Saint François de Sales :

« La raison, accompagnée de douceur a beaucoup plus de force et d’éclat ; mais accompagnée de colère, elle perd l’une et l’autre. »

 

A bons entendeurs !

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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