Les vins de Bourgogne, la dernière toquade des millionnaires de Hong Kong. A New-York, récemment, 558.000 dollars pour une Romanée – Conti de 1945 !

Publié le 27 Octobre 2018

A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...
A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...
A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...
A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...

A eux de s'approprier les pépites générées par ces vignobles d'exception ...

          

Antenne2 nous a dernièrement dévoilé une surprenante dégustation privée.

En effet, excités comme des enfants sinon comme des puces, des convives triés sur le volet financier ont débouché, face aux caméras, une douzaine de grands crus de vins de Bourgogne quasiment introuvables en France.

Sur la table, il y en a pour 5 000 euros de vin, glisse discrètement et en voix off, un commentateur.

Une manière d’introït à une grand’messe diligentée par les responsables de l’émission « Envoyé Spécial » sur un thème d’exception : le vin et pas n’importe lequel ou l’ivresse du sucés !

 

Humeurs chagrines

Elise Lucet célèbre cette eucharistie un peu singulière durant laquelle l’eau ne sera pas changée en vin car le précieux nectar (adjectif justifié par les prix affichés) a déjà fait ses preuves dans les chais prestigieux où les plus éminents vinificateurs de l’hexagone comparent leurs talents pour faire naitre le nec plus ultra de ce produit mythique.

Celui qui inspira le philosophe grec Théophraste auteur d’un traité de l’ivresse du vin et qui à l’instar de Platon estimait que le vin avait été donné aux hommes pour compenser la vieillesse en éloignant sa mélancolie, et les rendant jeunes à nouveau.     

 

Dans l’ombre de Marguerite Duras, Marcel Proust et « son vin fou » laissait entrevoir les prémices d’une œuvre magistrale : « A la recherche du temps perdu ». C’était hier et pourtant, rien n’a tellement changé dans la sphère éditoriale.

Bravant les humeurs chagrines des éditeurs de l’époque une kyrielle de personnages, de Swann à Palamède de Guermantes, baron de Charlus, feront le succès de ce monument d’anthologie sociale.

Et Marcel Proust excellait dans la description de ces agapes mémorables où le vin rythmait le quotidien. Tout simplement :

« L’harmonie de ces tables astrales n’empêchait pas l’incessante révolution des servants innombrables, lesquels parce qu’au lieu d’être assis, comme les dîneurs, étaient debout évoluaient dans une zone supérieure. Sans doute l’un courait porter des hors-d’œuvre, changer le vin, ajouter des verres.

« C’était déjà l’après-midi ; je m’en assurais à ma montre, après quelques efforts pour me redresser, efforts infructueux d’abord et interrompus par des chutes sur l’oreiller, mais de ces chutes courtes qui suivent le sommeil comme les autres ivresses, que ce soit le vin qui les procure, ou une convalescence. »

 

Retour au 21ème siècle.

Hong Kong, au sud-est de la Chine, plaque tournante des affaires et de la finance où un habitant sur sept est millionnaire dominée par la tour de la Bank of China – un habitant sur sept est millionnaire. Là, depuis une quinzaine d’années, on déguste quasi religieusement les grands crus français et le Bourgogne après le Bordeaux, est récemment devenu l’une de leurs dernières toquades.

Les Vosne-Romanée et autres Griotte-Chambertin et Corton-Charlemagne, ne font pas seulement tourner les têtes mais aussi et surtout les comptes en banque particulièrement garnis.

Là, les tapis verts des casinos occidentaux ont été avantageusement abandonnés aux délires de la clientèle Moyen-Orientale laissant libre cours aux fantasmes asiatiques et peut-être aussi à une autre conception de l’épicurisme.

A eux, donc, de s’approprier les pépites générées par nos vignobles d’exception.

Au cours de l’émission de France 2, le sommelier Cédric Bilien conduit ce bal d’un autre siècle animé par des collectionneurs traders, banquiers, investisseurs, hors normes … financières.

Les moyen-orientaux sont quant à eux largués laissant la part belle, et en l’occurrence littéraire, à de grands poètes arabes qui ont su, et avec quel talent, vanter les faveurs et qualités du vin.

Abû Nuwâs est une référence entre autres et tout autant cet extrait du Coran sourate XVI النحل /les Abeilles verset 67 :

وَمِن ثَمَرَٰتِ ٱلنَّخِيلِ وَٱلْأَعْنَٰبِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًۭا وَرِزْقًا حَسَنًا ۗ إِنَّ فِى ذَٰلِكَ لَءَايَةًۭ لِّقَوْمٍۢ يَعْقِلُونَ :

« Des fruits des palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent ».

Un verset qui inclut, si nécessaire, la dimension spirituelle de ce noble produit de la terre.

Cerise sur le gâteau.

Pas évident pour des esthètes de résister à ce Meursault 1959 (je cite)

« Au parfum de cannelle et de safran ! »

Entre Beaune et Dijon, les vignobles n’ont plus rien à envier à ceux du bordelais où quelques petites milliers d’hectares jonglent pour certains investisseurs nantis avec des euros par millions. Notamment les deux plus grosses fortunes de l’Hexagone.

Et cela en dépit de poches de résistance sur quelques dizaines d’hectares de terres familiales. Mais pour combien de temps ?

Tel ce jeune couple qui partage son domaine avec deux autres membres de sa famille et qui doit boucler ses fins de mois avec 2000 euros !

Ou encore cet autre vigneron – Eric Rousseau – avec sa modeste production de 5000 bouteilles réservées à des allocataires, mais qui ne cache pas sa stupéfaction en découvrant qu’une bouteille vendue dans sa cave entre 100 et 300 euros maximum peut s’envoler, sur le simple coup de marteau d’un commissaire priseur, jusqu’à 1000 euros.

Et qu’en seulement 45 secondes, un cru de Romanée-Conti a été adjugé 14.080 euros … alors qu’une bouteille millésimée 1945 a atteint 558.000 dollars chez Sotheby’s New-York. Des enchères qui donnent le tournis.

Qui dit mieux … pour l’instant ?

 

"Ce n'est pas ce qui nous intéresse. Nous, on a envie de vendre nos vins à ceux qui les consomment, pas à ceux qui spéculent dessus. Ce n'est qu'une bouteille de vin de 75 centilitres !" répond en écho Eric Rousseau.

 

Finalité

Pour lui, le vin doit rester un plaisir simple.

Du temps de son père et de son grand-père, également vignerons, c'était un métier pénible, peu considéré. Rien n’a tant changé.

Aujourd’hui, le labour des rangées de vignes se fait comme dans la plupart des domaines, à l’ancienne. C’est à la main et méticuleusement que l’on éclaircit les grappes afin d’obtenir un rendement qualitatif optimal.

Indifférent au temps, le petit-fils d’Armand, laisse aujourd’hui ses vins vieillir dans des tonneaux en chêne.

Quant aux amateurs, pour certains venus du Japon, ils en sont pour leurs frais. Le refus est en effet systématique car la dégustation ne servirait à rien dans une exploitation où la petite production est écoulée par avance.

La finalité ici ce n’est pas l’augmentation de la production, mais une perpétuelle recherche de qualité.

Il n’empêche que le business fait son chemin. Les prix flambent sur internet.

 

A présent, qui peut affirmer que ces « Himalaya » vont perdurer et qu’un matin ou un soir ces enchères hallucinantes et à la limite déraisonnables ne vont marquer un temps de pose ?

Omar Khayyam – poète, philosophe et scientifique -  répond d‘une certaine manière et en tout cas plaisamment :

« Il n’est personne qui sache le secret du futur. Ce qu’il faut, c’est du vin, l’amour et le repos à discrétion. »

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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