Les Editions Cairn à Pau (sud-ouest de la France) L’ART DE L’EDITION OU CELUI DE SERVIR LE LANGAGE UNIVERSEL

Publié le 11 Octobre 2018

Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité
Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité
Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité
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Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité
Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité

Un livre cela vous crée une famille éternelle dans l'humanité

Jean-Luc Kerebel ...

Jean-Luc Kerebel ...

 

 

« L’an dernier, nous fêtions notre vingtième anniversaire dans l’aventure de l’édition ainsi que notre 500ème titre. Installés à Pau dans le Béarn, nous publions désormais une cinquantaine de titres par an. Particulièrement des ouvrages qui portent haut et fort l’Histoire, la Culture et le Patrimoine des Pyrénées et du Sud-Ouest. De l'histoire régionale, thématique à laquelle nous accordons un intérêt particulier et à laquelle nous consacrons plusieurs collections aux Pyrénées et cela, dans toutes ses composantes ethnographique, sportive, historique, à la découverte également des villes et des pays du Sud-Ouest sans oublier la toute proche Espagne. Notre vision du patrimoine n'est en rien figée et nullement nostalgique d'un temps passé, à priori idyllique. C'est la raison pour laquelle, nous éditons, outre des textes anciens des écrits contemporains fidèles à l'esprit et à la culture du Sud et notamment des polars dans le cadre de notre collection « Du Noir au Sud ».

Manifestement, Jean-Luc Kerebel - fondateur et directeur des Editions Cairn -a très tôt attrapé le virus de la « chose » littéraire. Comme il l’a déjà confié, ce natif des mythiques Côtes d’Armor se qualifie aujourd’hui, par le fait d’une itinérance familiale ordinaire, comme le plus béarnais des bretons.

BONNE FEE

A l'Espace culturel du Centre Leclerc à Pau où il a rempli la fonction de collaborateur à la direction durant plus de cinq années, Jean-Luc Kerebel s’initiera à une activité de libraire certes captivante mais difficile. Jusqu’à avoir un jour, selon ses propres termes, la prétention ou la folie de créer sa maison d’édition. Auparavant, il sera libraire à Talence mais aussi collaborateur de J & D éditions puis co-fondateur des Editions du Quai Rouge et enfin fondateur, en 1997-  des Editions Cairn qu’il dirige aujourd’hui.

Hébergé un temps par un ami, Jean-François Saget, à la librairie Marrimpouey, il ira, successivement, et pour des motifs de commodité, de local en local jusqu’au siège actuel situé à aux portes de Pau, à Morlaàs. (1)

Côté éditorial, les parutions vont s’enchaîner avec un premier titre « Pau, ville américaine » de Pierre Tucoo-Chala paru en1997 précédant une réédition de « Tauromachie » de Théophile Gautier et de « Voyage au pic du Midi de Pau » de Claude Dendaletche.

Manifestement, la bonne fée veillait sur le destin de Cairn. En effet, un événement eut un jour pour décor l’écomusée de Marquèze, dans les Landes, où Jean-Luc Kerebel découvrit un texte anonyme du XIIIème siècle intitulé : « L'art et la manière d'engraisser et de confire les oies et les canards » qu’il envisagea spontanément d’éditer.

Comment et dans quelles conditions ?

La réponse lui vint à l’approche de l’une des villes- fleurons de la région des Landes, Eugénie-les-Bains autrefois parrainée par l’impératrice Eugénie de Montijo et rendue célèbre aujourd’hui par la présence gastronomique du chef étoilé Michel Guérard qui y officie et que Jean-Luc Kerebel pensa solliciter pour rédiger une préface.

Inspiration de circonstance ?

Initiateur du concept « cuisine minceur » et peut-être alléché par la goûteuse invitation, Michel Guérard accepta spontanément la proposition de l’éditeur qui précise : 

« Il a même souhaité écrire tout le texte et nous avons tiré 8 000 exemplaires ! » raconte Jean-Luc Kerebel.

La bonne étoile, à l’instar de celle des rois mages, continuait de briller sur la modeste mais efficiente structure des Editions Cairn, un nom symbolique, une manière aussi de repère issu du travail de l’homme, ersatz de sa présence et de la nature jusqu’à parfois, et en certains lieux, rappeler certaines traditions. En somme, un langage universel qui situe bien la démarche de l’initiateur de cette maison d’édition créée à Pau, en 1997.

La preuve en fut encore lorsque, pour son quinzième anniversaire, le « patron » des Editions Cairn eut le nez, comme on dit, de s'offrir en la personne d’une auteure de renom, la Bayonnaise Marie Darrieussecq, un inédit intitulé : « La mer console de toutes les laideurs. Un nouveau et joli coup éditorial :

« Nous passâmes un nouveau cap et de fait, nous prenions place dans le paysage du livre aquitain avec un catalogue tracé. Dans un secteur en crise par le fait d’une modernité exacerbée – à l’époque déjà ! -  il faut travailler sans répit pour tirer son épingle du jeu et braver l'écueil d'un corps social de plus en plus rétif aux choses de l'esprit. » reconnaît Jean-Luc Kerebel.

Notion d’édition

Rien n’a tellement changé en matière de culture et tout particulièrement dans le domaine littéraire où, de l’auteur à l’éditeur, le parcours est manifestement celui du combattant. A ce propos, le désir me saisit d’évoquer l’art de publier des livres et en l’occurrence de m’attarder sur la notion d’édition en soi parce qu’elle paraît comporter quantité de malentendus opportunément relevés par l’écrivain italien Roberto Calasso qui s’interroge sur la notion de maison d’édition.

Pour ce dernier, il s’agit d’une branche secondaire de l’industrie dans laquelle on tente de gagner de l’argent en publiant des livres.

Et de nous expliquer. Je cite :

 

« Une bonne maison d’édition serait – si la tautologie m’est permise – celle dont on suppose qu’elle publie, autant que possible, seulement de bons livres. Donc, pour utiliser une définition rapide, des livres dont l’éditeur serait fier, au lieu d’en avoir honte. De ce point de vue, pareille maison d’édition n’aurait guère d’intérêt en termes économiques. Publier de bons livres n’a jamais vraiment enrichi personne. Ou, du moins, pas autant qu’en mettant sur le marché de l’eau minérale ou des ordinateurs ou des sacs en plastique. À ce qu’on dit, une entreprise éditoriale ne peut rapporter gros que si les bons livres y sont submergés par beaucoup d’autres de qualité variable. Et quand on est submergé, il arrive facilement qu’on se noie et qu’ainsi on disparaisse complètement. »

Une hypothèse parmi bien d’autres à méditer.

Pour ce qui le concerne, Jean-Luc Kerebel passe aujourd’hui plus de temps au volant de sa voiture que derrière son modeste bureau où s’entassent les textes dont quelques-uns seront, demain, retenus par le comité de lecture.  

Sa préoccupation : entretenir un réseau précieux de distribution tout en motivant ses collaborateurs en charge du secrétariat d’édition, de la fabrication et de la logistique administrative sans oublier la communication, que derrière son bureau, lieu sacré pour les auteurs choisis. Les Editions Cairn sont également présentes dans de nombreux salons et rendez-vous littéraires.

 

ETOILE POLAIRE

Nouvelle introspection dans le monde de l’édition sur les traces de Roberto Calasso.

A quatre cents ans d’intervalle Aldo Manuzio, en 1502, avec « Bataille en rêve » et Kurt Wolff, en 1917, avec « la métamorphose » de Kafka pratiquaient le même art de l’édition – bien que cet art puisse passer inaperçu aux yeux du plus grand nombre, éditeurs inclus :

« Cet art dans les deux cas peut être jugé avec les mêmes critères, dont le premier et le dernier est la forme, la capacité de donner forme à une pluralité de livres comme s’ils étaient les chapitres d’un livre unique. Et tout cela tout en apportant un soin passionné et obsessif à l’habit de chaque volume ainsi qu’à la manière dont il est présenté. Enfin – et ce n’est sûrement pas le moins important – à la façon dont ce livre peut être vendu au plus grand nombre de lecteurs. » estime Roberto Calasso qui étaye son argumentation d’une initiative pour le moins originale.

Un point de vue intéressant du point de vue éditorial même si on ne le partage pas.

 

En tout cas, en pleine révolution d’Octobre, dans des jours qui furent - selon les mots d’Alexandre Blok, « un mélange d’angoisse, d’horreur, de pénitence, d’espoir », quand les imprimeries avaient déjà été fermées pour un temps indéterminé et que l’inflation faisait monter les prix d’heure en heure-  un groupe d’écrivains parmi lesquels le poète Khodassevitch et le penseur, Berdiaev ainsi que le romancier Mikhaïl Ossorguine eurent l’idée de se lancer dans l’entreprise apparemment insensée d’une Librairie des écrivains qui permettrait encore aux livres, et surtout à certains livres, de circuler.

Aussitôt, la Librairie des écrivains devint, selon les mots d’Ossorguine, l’unique librairie de Moscou et de toute la Russie où le premier venu pouvait acheter un livre sans autorisation. 

 

« Mais ce qu’Ossorguine et ses amis auraient surtout souhaité créer, c’était une petite maison d’édition. Malheureusemen, les circonstances rendaient la chose impossible. Alors, ils utilisèrent la Librairie des écrivains comme une sorte de double d’une maison d’édition. Il était en effet important de constituer et de maintenir un ordre, une forme, le tout réduit à sa définition minimale et indispensable. C’est cela précisément, l’art de l’édition et particulièrement celui qui fut pratiqué à Moscou entre 1918 et 1922, dans la Librairie des écrivains » explique encore Roberto Calasso.

Assurément un exemple sinon un modèle.

Pour information, le catalogue de ces livres littéralement uniques restera un temps dans la maison d’Ossorguine, à Moscou, puis il fut perdu. Mais, dans son état fantomal, il s’affirme comme le modèle et l’étoile polaire pour quiconque essaie de faire de l’édition dans des temps difficiles.

Et les temps ne sont toujours pas faciles comme en témoigne l’aventure éditoriale de Jean-Luc Kerebel qui fait preuve d’une pugnacité salvatrice.

 

Pour revenir au présent 21ème siècle - loin de celui de la Renaissance italienne et des Lumières – la multiplicité des éditions est un signe sinon de bonne santé en tout cas de la tenace volonté de servir la cause littéraire, cette fameuse « étoile polaire » que Jean-Luc Kerebel ne perd pas de vue.

Car, et dans le droit fil de la pensée de Gustave Flaubert :

« Un livre, cela vous crée une famille éternelle dans l’humanité. Tous ceux qui vivront de vos pensées sont comme des enfants attablés à votre foyer. »

Bernard Vadon

 

  1. Editions Cairn – ZI Berlanne – 14 rue des Bruyères – 64160 MORLAAS

contact@editions-cairn.fr

Tel : 0559274561

Fax : 0559988489