Le Béarn – Sud-Ouest français -  source d’inspiration musicale. DE LISTZ A AUGUSTE LARRIU EN PASSANT PAR PAUL CHABEAUX, CESAR FRANCK ET ANDRE MESSAGER, LA RECOLTE FUT INATTENDUE ET LE RECITAL MICHEL CHANARD TOUT AUTANT EN PRESENCE D’UN PUBLIC CONQUIS.

Publié le 24 Septembre 2018

Un travail de recherches et ensuite de mise au point ...
Un travail de recherches et ensuite de mise au point ...Un travail de recherches et ensuite de mise au point ...

Un travail de recherches et ensuite de mise au point ...

 

Du palois Paul Chabeaux né en 1854 et mort aux prémices du XXème siècle à l’âge d’à peine 47 ans, à André Messager, béarnais d’adoption par musique interposée, qui composa un opéra comique en trois actes dont le nom – La Béarnaise – témoignant de l’intérêt qu’il accordait au pays d’Henri IV, l’illustre icône de cette région d’une grande richesse culturelle, en passant par Auguste Vincent qui, lui aussi, n’était pas natif du pays du bon roi Henri mais qui se fit remarquer par une pièce musicale tout simplement intitulée « Souvenir du Béarn » sans oublier César Franck qui composa en manière d’hommage à cette attachante région pyrénéenne un air et un chant béarnais. Enfin, Maurice de Mirecki, un authentique enfant du Béarn qui naquit à Pau en 1845.

Ce dernier particulièrement inspiré par une danse mythique célébrant la joie de vivre de la Belle Epoque caractéristique du « relevé de cuisses et du secoué du froufrou » qui faisait alors le bonheur de la bourgeoisie parisienne – en somme, le fameux « French Cancan » immortalisé par « Le Bal Mabille » et sa star du moment, Céleste Mogador, qui ne retirait en rien au succès de La Goulue et de l’improbable « Nini patte en l’air ». Toute une époque et quelle époque !

Une société en goguette que Michel Chanard illustra musicalement en interprétant une polka endiablée à deux temps « Kiss me quick » et une mazurka « Ikanowa » au tempo aussi enlevé.

Le piano Erard par son registre singulier se prêtait parfaitement à cette musique du XIXe dont Jean-Paul Sartre quelque peu excessif – mais doit-on s’en étonner – assurait que c’était celui de la faute et de la déchéance.

Je lui préfère la réflexion d’Alfred de Musset lorsqu’il écrivait en manière de maxime : « Qu’importe le flacon pour qu’on ait l’ivresse. » 

Au demeurant, mieux vaut se laisser aller à vagabonder dans les contrées de Byron ou Shakespeare ou encore celles de    

Théodore de Banville le poète reconnu du bonheur lequel convient mieux à notre analyse de l’époque. D’ailleurs, Baudelaire et Mallarmé mais également Théophile Gautier ne s’y trompèrent pas en célébrant à leur façon ce siècle révolutionnaire dans le bon sens du terme. Surtout en matière culturelle et artistique.

Quelques mesures entrecoupées de commentaires pour retrouver sur les chemins de Compostelle – eh oui, nous y sommes – un certain Franz Liszt dont on apprend qu’il aurait posé ses mains diaphanes sur le clavier de ce même Erard familial certes un peu fatigué mais chargé d’Histoire.

 

SINGULIERE COMMUNION DE PENSEE

Si la musique de ce musicien d’origine hongroise était l’essentielle raison de sa vie, les femmes aussi ne lui étaient pas insensibles.

Deux d’entre elles ont marqué son parcours amoureux, Marie d’Agoult et la princesse Carolyne Sayn-Wittgenstein. Une autre Caroline de Saint-Cricq originaire du Béarn, laissa néanmoins une inguérissable blessure dans le cœur du jeune professeur de piano qu’il était alors.

Une singulière communion de pensée conduisit presque naturellement le jeune couple à partager un amour fougueux qui ne sera jamais consommé face à la ferme opposition du Comte de Saint-Cricq, le père de Caroline.

Moins connue, cette passion béarnaise constituera longtemps un des facteurs de compréhension de l’œuvre que Liszt écrira après avoir retrouvé, inopinément à Pau lors d’une série de concerts, cet amour contrarié puis perdu et finalement impossible.

C’est toute la substantifique moelle musicale de cette « Pastorale du Béarn » imposant sa ligne mélodique reposante suivie d’un passage « agitato » s’appuyant toujours sur le thème de la partition avant la reprise de ce même thème sous forme « d’adagio » concluant cette œuvre.

 

BEARN PROFOND ET AUTHENTIQUE

Notaire et avocat de profession avant de s’abandonner à la musique, Auguste Larriu, né à Oloron Sainte Marie en Béarn, se consacra à la composition musicale tout en remplissant les fonctions d’organiste notamment en l’église Sainte Croix d’Oloron.

 

Il écrivit de nombreuses partitions dont un opéra comique en deux actes : « Le Père Jérôme » mais surtout des pièces pour orgue et harmonium.

Dans le cadre de ce récital de piano, Michel Chanard interpréta deux œuvres initialement écrites pour orgue : « Canzona » ainsi qu’une Toccata dite de sortie en Fa majeur allegro ma non troppo de facture très romantique.

 

Avec Cyprien Despourrins, ce sera un retour très affirmé dans le Béarn profond et surtout authentique.

Auteur de chansons écrites dans la langue béarnaise de la plaine et non pas de la vallée d’Aspe dont il était natif, son art sera porté par de belles voix régionales dont celle du ténor Pierre de Jélyotte.

C’est à Charles Gounod que l’on doit les accompagnements de piano quant à ces « improvisations sur les airs béarnais » dont un texte est dédicacé au Préfet de Basses-Pyrénées de l’époque.

 

PLOMGEE ORIGINALE

Enfin, André Messager mit un terme à ce récital.

Un compositeur dont l’organiste et compositeur Charles Widor qualifiait en ces mots la personnalité : « élégance, charme et grâce. »

L’ouverture de cet opéra comique en trois actes intitulé « La Béarnaise » raconte plaisamment mais pas méchamment l’intrigue amoureuse à laquelle se trouva mêlé le bon roi Henri IV autrement surnommé le « vert galant ».

Autant dire que l’œuvre est fertile en comique de situation.

Le premier acte est relativement banal mais en revanche les deux autres sont intéressants par les sentiments qu’ils expriment ou inspirent.

Le « final » brillamment joué par Michel Chanard met en évidence une chanson traditionnelle de village à l’harmonisation séduisante.

 

Au terme de ce récital donné au soleil couchant sur fond de chaîne des Pyrénées avec en manière de point géodésique le Pic du Midi, l’assistance a longuement salué, par ses applaudissements, cette plongée originale mais instructive au cœur de la grande famille de ces compositeurs ayant choisi, comme argument de leurs créations musicales, le Béarn.

Ce beau et mythique « morceau » de France dont le renom se nourrit de celui qui fut Roi de France et de Navarre, Henri IV, fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne III de Navarre.

Ce bon roi qui, avant d’être la malheureuse victime d’un régicide – un certain Ravaillac - au-delà d’un imaginaire populaire et peut-être aussi d’un règne parfois contesté, demeure, dans les mémoires, le « roi au panache blanc » et initiateur de la goûteuse poule au pot mais surtout un roi humain et proche de ses sujets.  

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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