En l’église Saint Vincent de NAY – Sud-Ouest de la France - les journées du Patrimoine ou la célébration des compositeurs européens des XVII et XVIII ème siècle.

Publié le 18 Septembre 2018

Le compositeur nous révèle l'essence intime du monde ...
Le compositeur nous révèle l'essence intime du monde ...Le compositeur nous révèle l'essence intime du monde ...

Le compositeur nous révèle l'essence intime du monde ...

 

Ce dernier week-end la musique, et presque naturellement la composition musicale, étaient au rendez-vous des traditionnelles journées du patrimoine, à Nay, en l’église Saint-Vincent classée Monument Historique.

Nay, une petite cité que rythme la méditation sur les Chemins de Compostelle et qui prospéra un temps dans le textile. Nichée au pied des coteaux préfigurant, en premier plan verdoyant, l’imposant massif des Pyrénées, traversée en partie par le fleuve Gave que nourrissent les eaux bouillonnantes de la montagne toute proche.

Nay qui doit son existence aux moines de Sainte-Christine de Gabas et se distingue, sur le plan architectural, par son caractère de « bastide » que rappelle aujourd’hui la « maison » dite carrée édifiée au XVIème siècle tout comme son lieu de culte rehaussé d’une tour-clocher typique de l’art roman qui précéda le style gothique dit languedocien actuel.

A cette occasion, les compositeurs européens représentatifs des XVII et XVIIIème siècle ont été à l’honneur à la tribune de l’orgue classique construit en 1673 par Gérard Brunel et restauré en 2006 par Barthélémy Formentalli qui fut entre autres l’un des acteurs de la « résurrection » de l’orgue de la cathédrale d’Albi.

Originaire d’Oloron, le maître facteur Gérard Brunel construisit par ailleurs l’orgue de Saint-Jean-de-Luz à l’occasion du mariage de Louis XIV et de l’Infante Marie-Thérèse.

 

ORIGINALITE

Michel Chanard organiste titulaire de l’église Saint Jean Baptiste à Bagnols- sur-Cèze, dans le Gard, pianiste et accompagnateur d’ensembles vocaux (notamment Le Madrigal de Nîmes) et de nombreux artistes lyriques avec lesquels il a aussi enregistré.

Il est également compositeur et lors de cette journée du patrimoine, il a interprété des œuvres, pour certaines maîtresses, d’organistes européens dont Charles Pyroye qui fut élève de Jean-Baptiste Lully et compositeur d’une pièce d’orgue manuscrite de Delmotte inscrite dans le livre d’orgue d’Entrevaux et intitulée « La Royal ».

Michel Chanard a illustré l’importance musicale du toucher savant et délicat qui firent de Pyroye l’un des organistes les plus appréciés de son temps.

Il poursuivit ce récital avec Thomas Babou – né à Liège – dont on a pu apprécier (au-delà d’un style élégant et une écriture qui tout en trahissant au sens noble du terme  … on ne s’inspire, il est vrai,  que de ce qui est bon surtout en matière d’art )  certaines influences autant françaises qu’italiennes qui marquèrent son temps et affirmèrent une forme intéressante d’originalité.

 

STYLE RECONNAISSABLE

Avec des oeuvres, d’abord de José Lindon – notamment une brillante   sonate N°1 -  puis de Xavier Baptista – les toccata 9 et 10 – c’est un baroque flamboyant qui s’imposa au travers d’un instrument représentatif de l’esprit de l’art du facteur d’orgues de Dom Bédos de Celle.

Manifestement toutes les ressources de cet instrument – celui de l’église de Nay – justifient la réputation d’un orgue considéré aujourd’hui comme l’un des plus beaux du Midi de la France. Particulièrement par la qualité de son harmonie qui se joue de certaines singularités (ou spécificités) comme celles concernant le silence du do dièse tant sur le clavier du haut que celui du bas

Ce qui n’empêcha pas que la partie instrumentale des XVII et XVIII ème siècle , depuis 1988,soit classée Monument Historique.

 

Le choix dans le programme de Domenico Scarlatti – le fils d’Alessandro précurseur de Mozart et dans l’ombre duquel il se trouva un temps - né la même année que Jean-Sébastien Bach et Haendel (celui-ci affirmant curieusement et plus tard lors de joutes musicales sa supériorité à l’orgue laissant à Scarlatti son avantage au clavecin) justifia le style reconnaissable de ce compositeur prolixe (il composa quelques 550 sonates pour clavecin !).

 

L’IMPORTANCE DU BAROQUE

Michel Chanard illustra parfaitement dans son interprétation la sensibilité traduite par l’académisme d’une ligne mélodique rigoureuse propre à gommer en quelque sorte certaines dissonances et modulations portées par de soudaines ruptures rythmiques.

Mais au bout du compte, c’est essentiellement la mise en valeur d’un compositeur majeur de l’époque baroque dans le domaine de la musique pour clavier qui domina cette partie du récital.

 

Avec Joseph Hector Fiocco lui aussi compositeur de nationalité belge et la sonate en sol majeur retenue au programme de cette heure musicale, affirmait l’importance de la période baroque.

Une pièce dans la parfaite tradition de Couperin et des quatre mouvements généralement établis.

La sérénité avec l’adagio auquel succéda un brillant allegro mettant en exergue cette intelligence de la partition en osmose avec l’interprétation de l’organiste.

 

Un récital tout entier dévolu à cette période baroque et en conclusion duquel il ne pouvait être finalement de meilleur choix que celui de Michel Corette.

Une musique heureuse en osmose avec l’esprit du siècle de Louis XV.

Parfois paradisiaque.

Michel Corette, un défenseur de la musique française tout en restant le propagandiste reconnu de la musique italienne. Sinon un judicieux compromis propre à cette riche période baroque.

Michel Chanard mit en exergue sa maîtrise technique non dénuée d’une finesse et d’une subtilité dans le registre des 17 jeux proposés par l’instrument de Brunel.

Au carrefour de ces rencontres en pays de musique je ne peux m’empêcher d’évoquer Arthur Schopenhauer qui, précisément, à propos du compositeur, estimait que celui-ci nous révèle l’essence intime du monde. Qu’il se fait l’interprète de la sagesse la plus profonde et dans une langue que sa raison ne comprend pas : de même que le somnambule dévoile, sous l’influence du magnétiseur, des choses qu’il ignore quand il est éveillé.

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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