EGLISE CATHOLIQUE : PANIQUE A BORD !

Publié le 14 Septembre 2018

Image mythique et forte du livre de la Genèse que celle du ruisseau de Yabbok rappelant, par "filiation", ce tableau de Sylvie Tschiember, "un petit ruisseau qu'on ne lâche plus. Fenêtre bleue sur fond bleu bis" avec, en filigrane, le combat singulier entre le patriarche Jacob et cet être mystérieux sous la forme d'un ange qui pourrait être Dieu, qui est Dieu. Une aventure étrange, selon Elie Wiesel sinon l'éternel conflit entre l'homme et le divin. Ainsi, "Toute victoire humaine est au prix d'une blessure et toute blessure cicatrisée aguerrit."

Image mythique et forte du livre de la Genèse que celle du ruisseau de Yabbok rappelant, par "filiation", ce tableau de Sylvie Tschiember, "un petit ruisseau qu'on ne lâche plus. Fenêtre bleue sur fond bleu bis" avec, en filigrane, le combat singulier entre le patriarche Jacob et cet être mystérieux sous la forme d'un ange qui pourrait être Dieu, qui est Dieu. Une aventure étrange, selon Elie Wiesel sinon l'éternel conflit entre l'homme et le divin. Ainsi, "Toute victoire humaine est au prix d'une blessure et toute blessure cicatrisée aguerrit."

 

« Malheur à toi terre dont le roi est un jeune homme et dont les princes mangent au matin ».

Inspiré par ce verset de l’Ecclésiaste, Henry de Montherlant écrivit non sans peine, tant le sujet était délicat et aux limites du supportable, une pièce qui en son temps - elle fut crée le 24 janvier 1953 à Genève mais il avait commencé d’en jeter les bases en 1912 – ne laissa pas l’opinion insensible à une époque où pourtant l’omerta en la matière n’était pas une vaine vue de l’esprit.

Louis Pauwels estima lors de la création de « La ville dont le prince est un enfant » :

« Cette pièce atteint à l’extrémité du dépouillement (..) Elle porte le scandale à son point d’incandescence où, par la vertu du génie grave qui suscite une telle lueur, c’est la part noble de l’âme qui se trouve illuminée. »

Nous sommes dans les années cinquante.

L’écrivain, sur ce thème des amitiés particulières et de l’amour inavouable d’un adulte pour un enfant, faisait manifestement fort quant à étaler ainsi sur la place publique ce genre de comportement. Qui plus est dans un environnement catholique.

Ce qui d’ailleurs justifia de la part de Montherlant une explication tendant précisément à préserver l’éthique religieuse.

Tant faire ce peut.

 

L’intrigue, elle, est sans ambiguïté quant au scandale provoqué par cette aventure sentimentale mettant en conflit, dans le cadre d’un collège catholique, l’abbé de Pradts et un adolescent, André Sevrais, tous deux épris et rivaux face à l’angélisme du jeune et rebelle Serge Souplier.

Bien que décrit tout en nuances cet épisode amoureux pour le moins trouble n’en est pas moins émouvant par l’exaltation des sentiments qu’expriment les personnages de la pièce.

Sur scène et plus tard devant les caméras de cinéma, Paul Guers, Didier Haudepin et Christophe Malavoy mais aussi Michel Aumont, Guillaume Canet, Simon Milinkovitch ainsi que Jean Dessailly, Jean Topart et autres Jacques Simonet notamment, incarnèrent avec le talent qu’on leur connait ces personnages hors normes mais attachants dans une histoire pour le moins émotionnellement sensible sur laquelle Daniel-Rops écrira dans le journal l’Aurore :

« Il faudra être profondément catholique pour accepter cette pièce et en entendre toutes les véritables résonances. Mais ma conviction, quant à moi, est faite : ne la jugeront comme scandaleuse que

les pharisiens. »  

 

PREJUDICIABLE VERTICALITE

Cela, c’était au siècle dernier.

Des années ont passé mais qu’est ce qui a vraiment changé tant sur la forme que (surtout) sur le fond ?

Les réseaux sociaux ont pris de vitesse les médias institutionnalisés. Pour le meilleur mais aussi pour le pire.

Où est passé le temps où nos rédacteurs en chef nous préconisaient la vérification de nos sources. Surtout lorsqu’elles mettaient en cause la morale.

Qu’importe le flacon pourvu qu’on aies l’ivresse !

Avec tout ce que les éventuels dérapages pouvaient engendrer de drames quasi irréparables.

Aujourd’hui, l’Irlande considérée comme l’un des bastions de l’église catholique – ce pays dont les habitants ont créé la surprise en votant, entre autres, par référendum, le mariage pour tous – est manifestement sur la sellette médiatique ; malheureusement portée par le scandale de ses quelques 15.000 prêtres pédophiles. L’Etat de la Géorgie aux Etats Unis n’est guère mieux loti avec ses 5000 ecclésiastiques dans le collimateur des observateurs patentés et précédant l’Allemagne. L'Irlande donc a dernièrement accueillir en grande pompe le pape François que l’on ne peut, pas soupçonner de souscrire par un subtil silence diplomatique à ces actes qui plombent une partie de la hiérarchie catholique.

Au-delà de son infaillibilité canonique, il ne fait pas moins la preuve, lors de chaque occasion se présentant, de son attachement à tout ce qui touche à l’humain et à la fragilité de celui-ci. Surtout lorsqu’il s’agit d’un enfant.

Son parcours de prêtre en témoigne. Jusqu’à cette seconde où, contre sa volonté, il fut choisi par ses pairs pour accéder au trône de Saint Pierre et prendre en charge une structure dont « la verticalité » pose aujourd’hui problème par rapport à d’autres confessions monothéistes ou philosophiques n’ayant pas de clergé donc en relation directe avec Dieu … mais où la pédophilie est aussi et souvent pratiquée. Comme elle l’est d’ailleurs en d’autres milieux sociaux tel celui de l’éducation.

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PERIODES CHAUDES

Pour revenir au catholicisme, la désaffection des églises – si toutefois elle est confirmée, ce qui n’est pas sûr car après tout la foi et la croyance en Dieu n’ont rien à voir avec la fragilité de ceux qui sont investis de la belle mission de l’enseigner – est aussi et peut-être un signe propre à réveiller les consciences quant aux responsabilités de chacun dans ces affaires.

Je me contenterai de le rapporter mais n’a t-on pas laissé entendre qu’en filigrane de ces tristes affaires, l’église irlandaise était responsable ?

De ne pas avoir réagi quand il le fallait ?   

Peut-être, mais il y a aussi d’autres raisons sinon explications à ce désamour.

 

Depuis le Concile oeucuménique de Trente – qui opéra un ménage aussi scrupuleux que bénéfique en condamnant certains abus et en révisant son institution, luttant contre les principes protestants et réformant le clergé – le christianisme en général et l’église catholique en particulier ont traversé des périodes chaudes.

Aujourd’hui, le pape François doit endosser un héritage que même à l’intérieur de l’institution on s’emploie à critiquer. Le verbe est aimable !

Des mots aussi malheureux que terribles sont dans la précipitation maladroitement lâchés et récupérés pas très honnêtement par les pisse-vinaigres de service.

Celui de « psychiatrie », par exemple, qu’à propos des tendances homosexuelles on se plait à brandir comme étant la substantifique recette médicale. Délirant !

Il fut même un temps où un psychiatre niçois de ma connaissance ayant pignon sur rue et se produisant dans une émission télévisée, préconisait l’électrochoc pour guérir de cette « maladie » … alors même que depuis longtemps l’homosexualité a été – comment ne pas s’en réjouir au nom du plus élémentaire droit de vivre – mondialement rayée de la liste des maladies répertoriées.

A vrai dire on mélange tout et les cris d’orfraie de quelques personnalités du sérail soudain sinon étrangement rendus à une triste réalité ne manquent pas de surprendre.

 

QUI ES-TU POUR JUGER ?

Aujourd’hui, le pape François est à nouveau, et à chaud pourrait-on dire, interpelé. Lui, qui doit faire face à une curie féroce, omnipotente dans le système, jalouse de ses prérogatives, dangereusement influente. Au cœur de cette singulière pyramide, quelques évêques investis d’un pouvoir aussi discrétionnaire qu’autoritaire se croient obligés de faire office de rempart et de redresseurs de tort. Stupide.      

Ce que l’on espère de ces dignitaires c’est moins d’apparence et plus de sérieux dans l’exercice de leurs fonctions diocésaines. L’exemple de celui de Lyon est caractéristique et profondément regrettable sinon significatif d’une misérable illustration d’un pouvoir menacé.            

Comme le conseillait Saint Jacques :

« Ne parlez point mal les uns des autres, frères. Celui qui parle mal d’un frère, ou qui juge son frère, parle mal de la loi et juge la loi ; un seul est législateur et juge, c’est celui qui, peut sauver et perdre ; mais toi, qui es-tu, qui juges le prochain ? ».

 

Cela ne vous rappelle t-il rien ?

La réponse à une question posée au Saint Père - il y a quelques mois par un journaliste dans un avion qui ramenait le souverain Pontife à Rome - à propos justement de l’homosexualité, témoigne d'une certaine prise de conscience :

« Qui suis-je pour juger les gays ? ».  ( sic )

On pourrait ajouter ce précepte puisé à dessein dans l’évangile de Matthieu :

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. »

 

Dans les situations négatives place est faite de préférence à l’avertissement, l’exhortation et l’encouragement.

Le pape François s’efforce – et ce n’est pas facile – de différencier ce qui tient de la vérité biblique de ce qui fait partie de la liberté chrétienne.

En référer à la vigilance est donc un conseil plus qu’une appréciation critique déguisée telle que ses interlocuteurs le souhaiteraient.

Prenez-en de la graine messieurs les cardinaux et autres évêques y compris et surtout ceux qui maintenant hurlent au scandale. Un peu tardivement !

Saint Paul est en la circonstance un guide spirituel de référence et le pape François s’en réclame modestement. Ainsi, selon le Saint Père convient-il de faire acte d’un esprit de douceur et de reconnaître notre propre faiblesse en évitant le sentiment d’orgueil sur des sujets sensibles.

Le psaume est clair sur le sujet :

« Eternel, mets une garde à ma bouche,

Veille sur la porte de mes lèvres ! »

 

RIEN N’EST IMPORTANT...

Le pape, au nom des baptisés qu’il a même encouragé à s’impliquer dans le présent combat, a frappé publiquement sa coulpe et reconnu la « honte » de toute une communauté. De sa communauté. Repentance plus que justifiée même si d’aucuns ne l’estiment pas suffisante. Ne jouons pas sur les mots ou sur une traduction approximative.

Son conseil à chercher les approches d’un psychiatre dans des situations extrêmes relèverait plutôt du souci de soutenir tout particulièrement les enfants, de leur parler et surtout de les comprendre et surtout ne jamais les condamner.

Certes, il n’a pas évoqué le mariage homosexuel, et non plus le cas des marginaux du cœur qu’un manque d’humanité la plus ordinaire qui soit préserverait de bien des décisions fatales. Non plus, en tout cas dans la religion catholique, le mariage des prêtres a été seulement effleuré.

Certains auraient peut-être aussi aimé qu’il distribuât des préservatifs au terme de l’office solennel. Et quoi encore !

 

Mais revenons à la fonction. L’homme est loin de remettre à l’honneur la fameuse sedia des lointains pontificats.

De là-haut, les papes ainsi perchés s’honoraient plutôt que chercher, comme François, à accomplir leur mission en respect de l’exhortation de Saint Jean-Paul II :

« N’ayez pas peur ! »

 

Dans ce temps de grande agitation l’église catholique a manifestement encore bien du chemin à faire dans la recherche d’une plus grande clarté - particulièrement celle, la française, que l’on qualifie de fille ainée de l’église -  mais aussi pour mieux honorer l’esprit évangélique qu’elle prône.

Un chemin que le diable – pour ceux qui y croient – se charge de rendre toujours plus chaotique mais qu’importe au fond pour celui qui espère fermement en sa foi :

« Rien n’est important, demain est un autre jour. »

 

Bernard VADON

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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