« UN PEU DE SCIENCE ELOIGNE DE DIEU, BEAUCOUP Y RAMENE »

Publié le 5 Juillet 2018

Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !
Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !
Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !Cet ensemble de questions reste mystérieux  ... il faut vivre dans le mystère !

Cet ensemble de questions reste mystérieux ... il faut vivre dans le mystère !

 

 

Intéressante rencontre que celle du pape François avec le célèbre – et athée -  Stephen Hawking, le 28 novembre 2016 au Vatican, dans le cadre d’une session plénière de l'Académie pontificale des sciences.

L'astrophysicien britannique, qui a tiré sa révérence terrestre en mars dernier, considérait que l’univers n’était l’œuvre de personne et encore moins de Dieu ou de toute autre énergie dont la physique quantique, par exemple, pourrait à juste raison se réclamer. A bon entendeur !

Il n’aura cependant eu de cesse de chercher à comprendre l’univers, pourquoi il est et pourquoi il existe.

Déjà en 2011, dans la série américaine « Curiosity », quant à savoir si Dieu avait créé l’univers, il ne mâchait pas ses mots :

"Quand les gens me demandent si Dieu a créé l'univers, je leur dis que la question n'a pas de sens. Le temps n'existait pas avant le Big Bang. Donc, Dieu n'aurait pas eu le temps de créer l'univers. C'est comme demander où est l'extrémité de la Terre. La Terre est une sphère, elle n'a donc pas d'extrémité. La chercher est un exercice vain. Chacun de nous est libre de croire ce qu'il veut, et mon point de vue est que l'explication la plus simple c'est qu'il n'y a pas de Dieu, personne n'a créé l'univers et personne ne dirige notre destin. Cela m'amène à comprendre cela : il n'y a probablement pas de paradis ni de vie après la mort. Nous n'avons que cette vie-ci pour apprécier le grand schéma de l'univers, et j'en suis extrêmement reconnaissant."

En d’autres termes, circulez, il n’y a rien à voir !

« Y at-il un grand architecte ? »

Stephen Hawking avait déjà exposé son athéisme dans un livre qui n’avait pas battu des records de ventes (coécrit avec son collègue Leonard Mlodinow), publié en France sous le titre "Y a-t-il un grand architecte ». Il faisait encore, fidèle à sa pensée, l’impasse sur Dieu :

"Parce qu'il y a des lois comme la gravité, l'univers peut et doit se créer lui-même à partir de rien. […] La création spontanée est la raison pour laquelle il y a quelque chose plutôt que rien, pourquoi l'univers existe, pourquoi nous existons. Il n'est pas nécessaire d'invoquer Dieu pour appuyer sur la touche 'on' et faire démarrer l'univers."

 

Auparavant, dans "Une brève histoire du temps" publié en 1988 et vendu à quelques millions d’exemplaire, il affirmait :

"Si nous découvrons une théorie complète, en principe tout le monde devrait la comprendre, pas seulement quelques scientifiques. Ensuite, nous tous, philosophes, scientifiques et simples citoyens, pourrons prendre part à la discussion sur la question de savoir pourquoi nous existons, nous et l'univers. Si nous trouvons la réponse à cela, ce serait la victoire suprême de la raison humaine, car alors nous connaîtrions l'esprit de Dieu. La question est : est-ce que l'univers a été choisi par Dieu pour des raisons que nous ne pouvons pas comprendre ou était-il déterminé par une loi de la science ? J'opte pour la deuxième option."

 

La réponse de l’un de ses éminents collègues, Hubert Reeves fut alors sans appel :

« La thèse de Stephen Hawking est un peu naïve et ne fait guère avancer les choses. »

 

Une remise en cause de l’origine divine de l’univers qui, pour Hubert Reeves, n’est pas nouvelle tout en considérant au passage que la médiatisation du propos et du personnage seraient un peu pour quelque chose dans l’intérêt suscité par cette affirmation :


« Hawking suppose qu’au commencement, il y avait la gravité. Cela n’explique pas ce qu’il y avait avant. Hawking ne fait que relancer le débat à savoir qu’y avait il avant et d’où vient la gravité. » remarque Hubert Reeves.

 

D’où, selon celui-ci, une confusion manifeste entre la foi et la science quant au fait que cette dernière ne peut pas répondre à la question du philosophe et scientifique Gottfried Leibniz :

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien. La science ne peut pas dire non plus si telle chose est bonne ou pas bonne, ce n’est pas son domaine, son champ d’action. La science relie une chose à une autre chose, ce sont des pourquoi emboîtés ». 

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Hubert Reeves précise encore sa pensée dans une interview :

« La science et la religion ne sont pas incompatibles, mais il vaut mieux les séparer. La science vous dit comment faire les choses, comment cela fonctionne. Par exemple, elle vous donne les recettes pour faire des OGM ou des nanotechnologies, mais elle ne vous dit pas s’il est bon de les utiliser. Les questions de valeurs, du bien ou du pas bien, c’est du domaine de la religion. Celle-ci offre un point de vue hautement subjectif, elle ne peut rien prouver, alors que la science, elle, est objective. Ce sont deux discours différents. Cela n’empêche pas pour autant un très bon scientifique d’être croyant ou athée. »  

 

 

Dans les années 70 Hubert Reeves fait paraître « Patience dans l’Azur » inspiré d’un poème de Paul Valéry) qui, avant de connaître un beau succès de librairie, fut refusé par prés de trente maisons d’édition.

Puis suivra « Poussières d’étoiles » et cette jolie phrase : 

« On m’a dit, tu n’es que cendres et poussières en oubliant qu’il s’agissait à ce propos de poussières d’étoiles. »

 

Mais Dieu dans tout ça ?

 

« Concernant la création de l’univers, on n’a pas avancé d’un pouce depuis des millénaires. Mais la Bible n’est pas pour autant un livre scientifique, c’est un livre de sagesse, de croyances. Il s’agit de contes et de légendes qui préexistaient et dont la Bible s’est servie pour faire des contes moraux. Il y a justement des problèmes quand il y a des intrusions, lorsque la science ou la religion sortent de leur domaine. Ce fut le cas entre Galilée et les Dominicains qui au nom de la religion ont cherché à imposer comment le monde était fait. Galilée leur a répondu : Dites-nous comment on va au ciel et laissez-nous vous dire comment va le ciel » :

 

« Je me pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, son existence. Elles se posent à tout le monde. Cet ensemble de questions reste profondément mystérieux et il faut vivre dans le mystère. Je ne crois pas qu’on puisse arriver à des réponses satisfaisantes. Moi-même, je reste dans l’interrogation. »

 

13,7 milliards d’années … et moi, et moi !

 

En 2010, Hubert Reeves estimait que les accélérateurs de particules et les télescopes ne nous apprendront rien sur le sens des choses. Quant à l’existence de Dieu et son éventuelle croyance :                

 

« Je n'ai aucune preuve de l'existence de Dieu mais aucune preuve de sa non-existence. Ce que je remarque d'ailleurs, c'est que toute preuve est inutile aux croyants. Chercher une preuve est vain. La croyance n'est pas la rationalité. La science a pour mission de nous aider à comprendre comment l'Univers fonctionne. Pas de nous dire ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas. Elle peut nous apprendre comment faire des OGM ou des bombes atomiques. Elle ne peut nous dire si c'est une bonne idée d'en faire. La mission de donner du sens, de la valeur aux choses est celle des religions, des morales, des philosophies. Quant aux accélérateurs de particules et les télescopes, ils ne nous apprendront rien sur le sens des choses. »

 

En ce qui concerne le big bang, Hubert Reeves ne le considère pas comme le commencement de l’univers ou encore le temps zéro du cosmos, le moment de la " création " :

 

« Cette théorie est la frontière temporelle de nos connaissances. La cosmologie explore le passé de l'Univers à partir de fossiles cosmologiques que sont le rayonnement fossile, la population des atomes d'hydrogène ou d'hélium. Les plus vieux fossiles s'arrêtent au big bang, il y a 13,7 milliards d'années de cela. Au-delà, nous ne savons plus rien, enfin pour l'instant. Ce n'est pas un début mais un horizon. »

 

Comment ne pas penser à Louis Pasteur, le père de la microbiologie et par ailleurs visionnaire, lorsqu’il émettait cette réflexion courte mais riche de sens :

« Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène. » 

 

Bernard VADON

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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