MON CANARD PREFERE OU QUAND POUVOIR DEVRAIT RIMER AVEC DEVOIR !

Publié le 3 Juin 2018

La rapidité d'exécution se substitue naturellement à une réflexion qui se manifeste après coup

La rapidité d'exécution se substitue naturellement à une réflexion qui se manifeste après coup

 

 

Le rédacteur en chef qui m’avait, aux premiers mois de ce qui allait devenir mon actuelle profession – je dirais plutôt passion - après de laborieuses études de droit ressenties aussi rébarbatives que l’initiation, un peu plus tôt, au décryptage des signes et autres figures de notes garnissant les pages mémorables de la fameuse Méthode Rose chère à bien des apprentis pianistes, ce rédacteur en chef donc, qui dispensait toujours de précieux conseils à l’attention des jeunes journalistes, à savoir qu’un bon jugement  ne peut se construire qu’à la lecture de tout ce que la presse quotidienne en particulier, mais aussi hebdomadaire et mensuelle, propose chaque matin à la fraîche lors de la dégustation d’un bon café.

J’ai bien entendu suivi à la lettre, si je peux dire, ce précieux et incontournable conseil avec cependant des préférences qui ne m’ont jamais trahies quant à vouer au « Canard Enchaîné » (auquel, mais je ne devrais pas l’écrire car la confidence est aussi une des mamelles nourricières de notre métier, il m’est arrivé d’avoir subrepticement et parfois vendu une information récupérée en coulisses) un attachement qui perdure encore aujourd’hui.

 

Le récent et rocambolesque fait divers propulsé par les réseaux sociaux autrement rapides et efficaces en la matière que le plus réactif des rédacteurs, photographes ou cameramen, repris en chœur telle une symphonie barbante par la kyrielle des chaînes de télévision ou de radio souvent de série B, rivalisant de nullité et de bavardages soûlants à satiété, est l’exemple type de cette autre façon d’informer.

Un exploit, soyons clair, qu’il n’est nullement question de mettre en doute quant à une motivation qui, en pareilles circonstances, doit animer chacun de nous …  si, toutefois, et en l’espèce, on a les capacités physiques pour jouer les héros de l’extrême.

 

Au demeurant ce garçon sympathique qui doit se demander sur quelle planète il est tombé, que l’on a affublé d’une chargée de communication (!) en attendant qu’un éditeur malin lui propose un « n… littéraire » pardon, un « prête-plume » pour rédiger ses mémoires, sinon qu’une multinationale spécialisée ne lui propose de mettre en pratique ses dons d’escaladeur, Mamoudou Gassama ,via ses protecteurs improvisés, a décliné l’offre du patron de « On est pas couché », émission qui pour certains peut s’avérer suicidaire selon l’humeur de l’improbable duo Moix-Angot. 

 

Bref, la machine médiatique toujours en recherche de scoops pour faire grimper, autrement que sur les balcons, l’audimat ne sait plus où donner du micro et de la caméra.  

Comme l’écrivait Albert Einstein : « Ce qui reste éternellement incompréhensible dans la nature, c’est qu’on puisse la comprendre ».

 

Sachons finalement garder raison car cette « vallée de larmes » évoquée notamment par Saint Mathieu rapportant les paroles du Christ et dont Gustave Doré s’est magnifiquement inspiré, a – et continue d’ailleurs - au fil des siècles, enfanté des générations de saints, pour beaucoup, relégués dans un anonymat souvent volontaire.

C’est Jean Moulin qui disait qu’il ne savait pas qu’il était si simple de faire son devoir quand on est en danger … on pourrait extrapoler en ajoutant, quand autrui est en danger.

En ce cas, la rapidité d’exécution se substitue naturellement à une réflexion qui se manifeste après coup.

 

Au-delà de la reconnaissance officielle sous les ors Elyséens et des cadeaux qui vont avec celle-ci, mon canard préféré, tout en saluant comme nous tous d’ailleurs cet acte valeureux, pose aussi et à postériori, avec son talent de la satire, la question de savoir de quelle façon nos valeureux gouvernants, qui ne manquent jamais l’occasion de partager le satisfecit ambiant en tirant la couverture à eux, réagissent à la notion de responsabilité sinon de devoir qui leur échoit par la volonté des urnes.

Les derniers de cordée comme on les a, non sans une certaine morgue sinon mépris, qualifiés, tel « cet homme pauvre qui vit dans l’espoir et attend la suite avec impatience » (sic mon canard), voilà bien la bonne interrogation au point d’orgue de ce concerto pour belles attitudes, ou encore l’usage de cette locution anglaise nommée « punchline » (phrase forte, en français) qui pourrait s’appliquer, en termes de « responsabilités » à ceux qui devraient avoir aussi à cœur de faire rimer pouvoir avec devoir.

Mais cela, malheureusement, est une autre histoire qui va bien au-delà des « Spiderman » de circonstance.

 

Bernard VADON