80 KM SUR LES ROUTES DE FRANCE : L’ART DE CONFONDRE VITESSE ET PRECIPITATION ET L’OPINION OUTRE-TOMBE DE GEORGES POMPIDOU.

Publié le 30 Juin 2018

L'objectif, selon le Premier Ministre, est de ne pas emmerder le monde....

L'objectif, selon le Premier Ministre, est de ne pas emmerder le monde....

 

 

Pas moins de 400.000 kilomètres de routes françaises, sont aujourd’hui concernées par l’abaissement à 80 km/h de la vitesse maximale (contre 90 km/h auparavant).

 

Vue sous un certain angle, une mesure, peut-être judicieuse, mais comme la plupart de celles qui sont actuellement imposées, plutôt que proposées, aux Français, le rejet de cette dernière par 75% de la population, est un signe que la méthode n’est manifestement pas la bonne.  Quant au résultat, cela reste encore à voir. 

 

Refus net !

Il n’est pas pour autant question de ne pas reconnaître la vitesse comme cause majeure d’accident. Et que, bien évidemment, plus celle-ci est élevée, plus l’accident est grave. CQFD.

Cela dit et entendu, il faut aussi admettre que l’environnement urbain tout comme l’état des routes et les conditions météorologiques, doivent tout autant être prises en compte.

D’où peut-être aussi l’utilité de s’inspirer des avis et des remarques louables et souvent justifiés des associations de victimes mais aussi de ceux et celles des associations d’automobilistes et de motards (même en colère) relayés par des parlementaires ayant manifesté le souhait que le choix de cette limitation de la vitesse soit laissé aux départements.

En effet, les agents de la DDTM (Direction départementale des Territoires et de la Mer) et le Bureau Sécurité routière, ont pour mission d’actualiser un observatoire responsable des routes et des accidents. Leurs remarques sont d’autant plus précieuses qu’elles tiennent compte de la situation réelle du réseau routier autant principal que secondaire.

 

Malgré cela, refus net du gouvernement et du lobby parisien !

Qui a parlé de fait du Prince ?

Qu’importe pour eux le changement de plus de 20.000 panneaux et de la reconfiguration des radars par milliers surveillant nos faits et gestes et surtout nos compteurs kilométriques.

 

Ne parlons pas du coût de cette nouvelle lubie démagogique gouvernementale : la bagatelle de plus de 10 millions d’euros pour une mesure soi-disant expérimentale. Et à ce titre, la promesse de revenir à l’ancienne limitation si l’objectif de réduction des accidents n’était pas atteint.

Ah, bon !

Comme l’écrit l’auteur Jean-Michel Guenassia :

« N’oublions pas que ceux qui refusent de changer d’avis sont des imbéciles et ceux qui se laissent convaincre aussi ! »

A bon entendeur…

Quant à notre actuel Premier Ministre en titre son sentiment est on ne peut plus élégant dans le texte :

« L’objectif n’est pas d’emmerder le monde ! »

Comme dirait l’autre, c’est réussi.

 

Alors, est-ce qu’en final de cette controverse, le principe de rouler à la bonne vitesse et en cas de danger de parfaitement contrôler son véhicule, n’est pas le plus important ?

Sans compter que le manque de vigilance est aussi une cause d’accident par le fait et très souvent d’une vitesse moindre notamment sur des routes droites, entretenues et dans une voiture confortable.

C’est là qu’entre en scène les « distracteurs » : le smartphone et autres appareils connectés, comme on en trouve de plus en plus dans les voitures et qui deviennent des capteurs incontournables d’attention.

Quant à l’état du réseau routier, ses éventuelles améliorations selon certains lieux considérés comme à risques, un entretien suivi ainsi qu’une meilleure sensibilisation des usagers, nul doute que cela pourrait, mieux qu’on ne le croit, contribuer à réduire aussi les accidents.   

 

Sans parler de la schizophrénie visant à se focaliser sur les arbres et à systématiquement les couper – des spécimens souvent magnifiques et protecteurs – pourtant plantés au bord des routes afin de les abriter et que l’on tient aujourd’hui pour cause principale d’accidents.

 

Sous prétexte de sécurité

Le 17 juillet 1970 (ce n’était pas hier !) Georges Pompidou alors Président de la République envoyait à son Premier Ministre – Jacques Chaban-Delmas – un courrier dont la qualité littéraire n’échappera à personne mais aussi porteur d’une démarche qui, à nos yeux en tout cas, n’a pas pris une ride.

Qu’on en juge.

 

Mon cher Premier ministre, 

J’ai eu, par le plus grand des hasards, communication d’une circulaire du ministre de l’Equipement – Direction des routes et de la circulation routière – dont je vous fais parvenir photocopie. 

Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c’est par l’un d’eux que j’en ai appris l’existence. […] Bien que j’ai plusieurs fois exprimé en Conseil des ministres ma volonté de sauvegarder “ partout” les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l’égard des souhaits du président de la République. Il en ressort, en effet, que l’abattage des arbres le long des routes deviendra systématique sous prétexte de sécurité. Il est à noter par contre que l’on n’envisage qu’avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude, le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C’est que là, il y a des administrations pour se défendre. Les arbres, eux, n’ont, semble-t-il, d’autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas. 

La France n’est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture, et, quelle que soit l’importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage. La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes – et je pense en particulier aux magnifiques routes du Midi bordées de platanes – est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain. 

La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez tous un besoin d’évasion, de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. 

La route, elle, doit redevenir pour l’automobiliste de la fin du XXe siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France. 

Que l’on se garde donc de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté ! 

Signé : Georges Pompidou. 

 

Insouciance 

Alors, c’est un point de vue discutable que d’établir un lien avec la prise de conscience écologique actuelle où tout est prétexte – comment ne pas s’en réjouir – de s’inquiéter des phénomènes climatiques et par voie de conséquence des dérèglements en tous genres qui en découlent.

 

Qui plus est, en s’appuyant sur un texte qui outre le fait d’être un bel exemple d’une langue française dont la plupart - nos gouvernants actuels n’étant pas les derniers - s’affranchissent souvent sans vergogne, un texte donc qui, certes, ne peut être dissocié de ces fameuses « Trente Glorieuses » symbole d’une exceptionnelle aventure industrielle et commerciale avec pour objectif la croissance.

Alors, c’est également vrai qu’on pourrait faire porter à Georges Pompidou, d’abord Premier Ministre puis Président de la République, la responsabilité d’une politique conduite par l’unique préoccupation, à l’époque, de favoriser la consommation et le bétonnage.

 

Alors, c’est encore également vrai que ce singulier paradoxe qui veut que l’analyse de cette même époque soit propice à exacerber notre nostalgie dans l’actuel contexte de dérèglement social et politique total où sous prétexte de modernité et de remise en question permanente des institutions tout n’est quasiment que cabegie, pour reprendre une expression « gaullienne » célèbre.

 

Alors, c’est toujours vrai – Georges Pompidou n’avait-il pas vu le jour au cœur de cette France profonde à laquelle, aujourd’hui, d’aucuns en appellent et n’est-il pas à l’origine de la création du premier ministère de l’environnement sous l’autorité de Pierre Poujade ? – que l’insouciance humaine a aussi sa part de responsabilité dans cette affaire.

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Souvenons-nous du cri d’alarme de Jacques Chirac – lui aussi comme Georges Pompidou attaché à la terre – il y a quelques années lors du sommet de la Terre à Rio interpelant les consciences :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ! »       

 

    

Bernard VADON

 

 

 

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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