MARRAKECH : Dans le décor du Kssour Agafay, invitation à vivre une sensibilité soufie d’exception.

Publié le 19 Mars 2018

Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...
Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...
Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...

Obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d'authentique partage ...

 

 

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme, interrogez plutôt sa vie, son courage, ses qualités et vous saurez ce qu’il est. Si l’eau puisée dans une rivière est saine, agréable et douce, c’est qu’elle vient d’une source pure. »

 

Cette belle et poétique citation empruntée à l’émir Abdelkader – celui que les français nommaient le grand émir - m’est spontanément revenue, l’autre soir, alors qu’au seuil de la médina de Marrakech, en compagnie de quelques amis, nous passions une porte basse, ordinaire et discrète, caractéristique de toutes les entrées typiques des maisons arabes jalouses de leur singularité mais aussi de leurs richesses et de leurs diversités cachées.

Signalé par une non moins discrète et banale plaque indiquant son nom  le Kssour Agafay nous accueille.

 

UN RITUEL SPECIFIQUE

Jusque là, rien que de très banal sinon un riad parmi les plus traditionnels qui soient en ce lieu et se distinguant par ses spécificités architecturales vernaculaires. Un endroit de vie volontairement original par ses étroits couloirs et d’autant d’escaliers conduisant à de mystérieux recoins et passages secrets (ou qui le furent en d’autres temps reculés) ; un espace manifestement porteur d’Histoire et qui sait peut-être de drames, où l’usage ancestral  du zouak traduit subtilement, par la complicité du bois et de la peinture, le raffinement extrême de la culture arabo-andalouse révélée au XIIème siècle par les mérinides.

 

Mais au-delà du décor et de l’ambiance respectivement créés par la taârija et la ghaïta (tambourin et flûte joués par deux musiciens marrakchie) c’est à un rituel spécifique que l’hôte des lieux, Abel Damoussi et sa famille ainsi que ses partenaires, nous ont invités à participer.

Le prétexte à honorer la sortie d’un album musical tout simplement intitulé Jedba. Une compilation savamment orchestrée destinée à enrichir la philosophie de la hadra (l’assemblée). Celle dont le poète, penseur, écrivain et émérite théologien Abdelkader Moheiddine – encore lui – dans le sillage de ses maîtres et notamment de Ibn Arabi, se fit, en fin connaisseur, le chantre.

 

PURETE CRISTALLINE

L’expression corporelle étant un vecteur-clé dans l’approche philosophique de cette pensée issue, au 8ème siècle, de l’islam et que l’on peut aussi traduire par la belle expression de « pureté cristalline », c’est au Hafla Dancers Company, et tout particulièrement à la danseuse et chorégraphe Elisa Scapeccia, qu’il appartint d’inviter l'assistance, par le geste, le mouvement et la musique, à une autre façon de découvrir ce mouvement spirituel, voire mystique qu’est le soufisme.

Aux frontières d’une orthodoxie limitative, il va de soi que ce corps de ballet composé de jeunes femmes manifestement traductrices d’une vive ferveur que l’on pourrait sans excès qualifier de religieuse, tout en opérant dans un espace certes un peu limité, se pliait à l’expérience de l’extase de l’attrait et du ravissement autrement dit pour les initiés, à la jedba.

Pour nous, c’était plutôt le souvenir du quartier de Beyoglu à Istanbul qui ressurgissait en filigrane de cette évocation de transe collective qui, sans aller jusqu’à la « lila» finale des Aïssâwas pratiquée par les derviches tourneurs experts dans la cérémonie dite de la sema (terme turc), exprimait cette sensibilité d’exception. 

 

LA GRACE DE DIEU

Jouant de leurs longues chevelures mais aussi de voiles vaporeux aux couleurs soyeuses, les artistes du Hafla Dancers Company et particulièrement Elisa Scapeccia - formée à la danse classique – ont virevolté jusqu’à atteindre cette transe psychologique, porte ouverte sur « les hauteurs ». Un acte volontaire concrétisé par le déploiement de la paume de la main gauche vers le ciel et alors que celle de la main droite désigne le sol. La finalité visant en deux temps à obtenir la grâce de Dieu avant de la répandre en signe d’authentique partage.

Car la philosophie soufiste c’est aussi et surtout cela.

Cette propension à célébrer l’amour et la disponibilité, celle qui faisait dire à Abd El Kader en manière d’incitation à la paix :

« Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j'aurais fait cesser leurs querelles, ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement des frères. »

Le magnifique et émouvant final avec cette étrange et poignante mixité entre la musique orientale et les chants grégoriens, ajoutant à cet appel à la fraternité universelle.

 

 

Bernard VADON

 

 

Rédigé par Bernard Vadon

Publié dans #J - 2 - B ( Journal )

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